Dernière minute

Pierre Camou, le président de la FFR
© AFP - FRANCK FIFE
Publié le 12/02/2012 à 11:59 - Par Christian Grégoire
"Le billet est un contrat. L'acte que j'ai signé est de ma responsabilité: on m'a fixé un match à une certaine heure, j'ai vendu un produit pour cette heure et je dois l'assumer. Des supporteurs de toute la France et d'Irlande ont économisé, ils sont venus, ils n'ont pas vu. Ma colère est là", a déclaré Pierre Camou, qui reconnaît que la Fédération ne peut pas s'exonérer de rendre des comptes auprès de ceux à qui elle a vendu un billet.
Alors le président de la Fédération peut s'en prendre au Comité des Six nations, et s'en prendre à l'arbitre qui a prononcé une décision tardive, c'est une chose; mais affirmer à propos d'un match éventuellement programmé l'après-midi, "Un match, c'est un spectacle. Un billet a un prix pour quelque chose à une heure dite. Pour un match de l'équipe de France, c'est toute la France qui vient. Modifier l'horaire, avancer le match à 15 heures, c'est peut-être bien pour la région parisienne. Tous les autres, qui ont programmé depuis longtemps d'arriver en train, en avion, à 16h00 ou 17h00, qu'en fait-on ?" c'est un peu aller un peu vite sur un principe. Car la vague de froid n'est pas venue subitement sur Paris, elle est connue depuis au moins une semaine. Sans doute si les autorités du rugby avaient plus réactives, elles auraient anticipé dès le début de la semaine pour changer l'heure de la rencontre et les spectateurs qui sont pour la plupart des amoureux du rugby, auraient sans doute pu s'adapter, changer leurs billet de trains ou d'avion, modifier leur voyage. Mais au moins ils auraient vu un match et auraient pu repartir comme prévu le dimanche. Satisfaits de n'être pas venus pour rien. C'est ce manque d'anticipation qui peut être reproché aux responsables fédéraux.
Alors que l'on a jusqu'au bout voulu croire que, par des températures polaires, et un thermomètre descendu très bas, on pouvait envisager de jouer au rugby à 21 h sans dommages, il est facile de chercher des responsabilités. Certes l'arbitre a peut-être un peu tardé à prendre une décision, comme si M.Pearson qui en l'occurrence s'est fait un nom, craignait la bronca du Stade de France. Un stade d'ailleurs également montré du doigt par Pierre Camou: "les faits parlent d'eux-mêmes: le match n'a pas eu lieu. Est-on sûr d'avoir, en France, les équipements qui permettent, dans n'importe quelle occasion, de recevoir tous les grands évènements ? C'est peut-être un coup de semonce."
Il faut bien trouver des responsables. Sans doute que c'est un peu tout cela, une incapacité à prévoir les évènements, à préparer davantage les équipements, à accepter de modifier les conditions de la tenue du match, qui est l'origine du report. Mais la conséquence est grave parce qu'elle souligne un certaine amateurisme parmi la classe dirigeante du rugby français mais aussi européen, ce qui est surprenant après que l'on ait tout fait pour casser justement le code du rugby "traditionnel à l'ancienne" afin de promouvoir un professionnalisme à outrance, au mépris justement du bon sens et des spectateurs qui eux, sont restés au simple niveau de la passion.
Les joueurs du XV de France ont regagné leurs clubs dimanche matin. L'encadrement du XV de France attend la nouvelle date du match contre le XV du Trèfle, qui doit être annoncée lundi par le Comité des six nations, avant de déterminer son programme. Le Comité de sélection initialement prévu mardi en vue du déplacement en Ecosse le 26 février est pour l'heure en suspens.
"Le sujet du report, au delà du Comité des six nations qui a montré aujourd'hui ses faiblesses, n'est pas un sujet franco-français. Il y a aussi l'Irlande", a indique Pierre Camou. Certes, c'est bien d'y penser. Le Comité des six nations devrait annoncer lundi la nouvelle date de la rencontre, qui devrait être disputée soit samedi ou dimanche prochains --mais un match de Top 14 entre Stade Français et Toulon est prévu samedi (16h15) au Stade de France--, soit le week-end des 3 et 4 mars. Autrement dit, le comité dispose et fait fi de toute une histoire, toute une organisation, toute une culture qui accompagne les déplacements des supporteurs pour un match de l'équipe de France. Des voyages qui ne sont pas anodins car ils sont emplis de toute une charge symbolique. C'est la communion du peuple d'ovalie. Un peuple qui se sent lésé. Les spectateurs assidus du rugby, dont une majorité fait beaucoup d'efforts financiers, peuvent tout à fait s'adapter aux situation et tout envisager, sauf qu'on les prive de leur rêve.
Certes, on a amadoué le public en lui affirmant que les billets d'accès au stade seraient valables pour la prochaine confrontation avec l'Irlande. Mais ceux qui étaient là cette-fois, qui ont eu le courage de braver le froid, qui sont venus de toute la France mais aussi d'outre-Manche, pourront-ils revenir, payer encore un déplacement et une nuit d'hôtel, des dépenses qui ne seront évidemment pas remboursées ? Et cela ne sera-t-il pas beaucoup plus préjudiciable que si l'on avait dû jouer plus tôt samedi après-midi ?
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